Le portefeuille 60/40 est-il mort? Place au tricycle financier!
Le portefeuille 60/40, composé de 60 % d’actions et de 40 % de titres à revenu fixe, fait depuis de nombreuses années le bonheur des investisseurs ayant un profil de risque équilibré.
Parution : mi-octobre 2025, Les Affaires, Pierre Théroux
Photo : Adobe Stock
Cette stratégie de placement, qui repose donc sur la diversification de ses avoirs plutôt que sur une seule catégorie d’actifs, a en effet permis de profiter de rendements fiables pendant plusieurs décennies. Au cours des 40 dernières années, un portefeuille équilibré composé de 60 % d’actions canadiennes et de 40 % d’obligations canadiennes a généré un rendement annualisé de 8,5 %, indique la firme d’investissements Russell.
Cette promesse de diversification et de stabilité, qui tire profit de la corrélation négative typique entre ces deux catégories d’actifs qui ont donc tendance à évoluer dans des directions opposées, en a toutefois pris pour son rhume en 2022. Les marchés des actions et des obligations, rappelons-le, ont alors lourdement chuté et tous deux ont enregistré des rendements négatifs autour de -13 %. Résultat : le portefeuille traditionnel équilibré 60/40 a affiché un rendement négatif de -12,97 %, soit sa pire performance depuis 1937.
Le vélo à trois roues
Il s’agit bien sûr d’une exception. N’empêche, la situation a amené bon nombre d’analystes et d’investisseurs à se demander si le portefeuille équilibré traditionnel n’était pas un modèle à revoir.
Pour Francis Sabourin, gestionnaire de portefeuille principal et conseiller en placement principal à Patrimoine Richardson, l’accès à des placements alternatifs vient justement changer la donne et ajouter un élément de diversification qui lui permet aujourd’hui de miser sur des portefeuilles composés d’un ratio 40/30/30.
« Nos portefeuilles discrétionnaires sont maintenant construits comme un tricycle. La roue avant est le revenu fixe qui assure la direction, tandis que l’une des deux roues à l’arrière représente les actions qui amènent l’accélération et la croissance. La troisième roue est quant à elle composée d’actifs non traditionnels, moins corrélés aux marchés des actions et des obligations. Cette dernière permet une plus grande stabilité et diminue les risques de chute », illustre Francis Sabourin.
Ce portefeuille est donc composé de 40 % d’actions, de 30 % de titres à revenu fixe et de 30 % de placements non traditionnels, précise Francis Sabourin.
« Notre portefeuille équilibré avec une proportion de produits alternatifs a subi un recul de 6,2 % en 2022. On a perdu de l’argent, mais moins que la moyenne. Les gens ont conclu qu’on avait baissé moins à cause d’une plus grande diversification et qu’on allait donc moins monter pendant les bonnes périodes. En 2023 et en 2024, notre portefeuille équilibré a toutefois progressé de 17 % et de 22 % respectivement », indique Francis Sabourin.
Aux États-Unis, le rendement du portefeuille 60/40 traditionnel a quant à lui offert des rendements respectifs de 18 % et de 15,5 % en 2023 et en 2024, selon Bloomberg.
Une étape à la fois
Plusieurs gestionnaires de portefeuille et conseillers en placement font aussi une place de plus en plus grande aux investissements alternatifs dans les portefeuilles de leurs clients.
« Notre philosophie est d’y aller une étape à la fois et on a mis une règle de 10 % pour les stratégies de placements privés pour commencer. On juge que c’est un ratio qui est suffisamment représentatif pour avoir un effet sur la performance globale des portefeuilles », indique Sylvain De Champlain, président de De Champlain Groupe financier.
La société intègre ce type de placement dans la portion 60 % en actions, sans toucher la portion défensive de 40 % du portefeuille. Elle inclut aussi des stratégies alternatives, notamment par des débentures convertibles ou des options de vente et d’achat de titres, dans un ratio de 7 % à 12 %. « On se retrouve finalement avec un pourcentage de produits alternatifs oscillant autour de 20 % », souligne Sylvain De Champlain.
Léa Saadé, vice-présidente régionale, Montréal et Rive-Sud, à IG Gestion de patrimoine, recommande un « ratio d’investissement en placements alternatifs d’environ 10 % dans le cas d’un investisseur ayant un profil équilibré ».
Chez Desjardins, « nous conseillons de remplacer une partie des actifs traditionnels par des placements alternatifs liquides, dans une proportion qui va jusqu’à 10 % », souligne Frédérick Tremblay, directeur général et chef des solutions de placement chez Desjardins Société de placement.
Enfin, Maxime Gauthier, président et chef de la conformité à Mérici Services financiers, s’assure aussi de faire de l’espace à l’intérieur d’un portefeuille, en réduisant l’exposition à certaines catégories d’actifs traditionnels. « Du côté des actions, par exemple, on va libérer de 10 % à 15 % afin de pouvoir introduire des placements alternatifs comme des positions longues et courtes (long-short) ou des actifs réels », précise-t-il.
Il précise qu’une plus grande utilisation de produits alternatifs répond vraiment aux objectifs d’une meilleure diversification et de gestion du risque.