Planifier sa retraite sur le tard,­ est-ce possible ?

Planifier sa retraite sur le tard,­ est-ce possible ?

« Une question générale. Pour quelqu’un comme moi qui commence à investir et à penser à sa retraite, ce n’est pas évident de faire un choix d’investissement dans l’immense bibliothèque financière. À 55 ans, je suppose qu’on risque moins que si l’on a 20 ans ou 45 ans devant soi. Je ne peux sûrement pas y aller avec la croissance à 100 %. Pour un horizon de placement de 10 à 15 ans, quel serait un bon exemple de portefeuille boursier ? » — Karl



Il n’est jamais trop tard, dit le dicton. Sauf que le temps, c’est de l’argent, dirait un autre.

On ne se le cachera pas, si vous commencez à peine à économiser pour la retraite, vous n’êtes peut-être pas le seul, mais le groupe n’est pas si garni que ça.

Vous faites donc partie de ceux qui tentent de rattraper le temps perdu. Mission impossible ?

Pour rattraper une (petite) partie du retard, c’est réalisable, pensent nos experts. Récupérer l’entièreté de 30 à 35 ans de rendements composés ? Ça n’arrivera pas.

Comme gagner le magot à la loterie n’est peut-être pas dans les cartes, mieux vaut se concentrer sur ce que vous pourriez faire pour vous constituer un pécule de retraite tout de même intéressant.

Pas de stratégie « tout ou rien »

Placé devant une telle situation, n’importe qui pourrait être tenté d’y aller all in, jouer tout ou rien avec ce qu’il leur est encore possible d’économiser pour sa retraite au cours des prochaines années. Mais nos deux experts interrogés le déconseillent fortement, pour ne pas dire complètement.

« Ça existe, des portefeuilles 100 % croissance, explique Sylvain De Champlain, président de De Champlain Groupe financier. Mais nous n’en avons pas. Notre portefeuille forte croissance est composé à 80 % d’actions et à 20 % de titres à revenu fixe ou défensifs. Je fais souvent le parallèle avec une équipe de hockey. Si tu as seulement des marqueurs de buts, mais que tu n’as pas de gardien, tu es dans le trouble. L’autre équipe va lancer dans un filet désert. Ça prend de la défensive. »

Certains pourraient tout de même être tentés par ce raccourci, estime Pierre-Benoît Gauthier, vice-président à la stratégie de placement à IG Gestion de patrimoine. Celui-ci prévient les retardataires qu’on ne peut pas tricher en tentant de prendre plus de risques pour compenser le manque d’argent mis de côté pour la retraite.

« Ça surprend encore les gens lorsque je leur dis cela, mais pour reprendre une grosse perte, ça prend beaucoup plus de rendement à la hausse par la suite, remarque-t-il. Une perte de 50 %, pour être rattrapée, a besoin d’un rendement de 100 %. À l’inverse, si on contrôle la volatilité à la baisse, qu’on prend moins de risques et qu’on subit une baisse de seulement 10 % dans un moment difficile, ça prend seulement 11 % de hausse pour revenir à la case départ. »

Pierre-Benoît Gauthier détaille son calcul. Disons que vous possédez 100 000 $ dans vos placements de retraite. Demain matin, la Bourse dégringole de 50 %. Vos actifs ne valent plus que 50 000 $.

Si on se relève avec un rendement similaire de 50 %, on ajoute 25 000 $ pour un total de 75 000 $. Il manquerait donc encore 25 000 $ pour combler les pertes du krach. Pour remonter à 100 000 $, c’est donc un rendement de 100 % (50 000 $ + 50 000 $) qu’il faudrait aller chercher.

À l’inverse, si vous mitigez le risque dans votre portefeuille et que le krach vous fait perdre 10 %, vos placements baissent à 90 000 $. Pour remonter à 100 000 $, il faut donc 11 % de rendement (90 000 $ + 10 000 $).

« En misant tout sur les forts rendements, le risque de perte majeure peut devenir une question de survie de votre portefeuille », laisse-t-il tomber.

L’exemple de bon portefeuille boursier en serait un où la diversification serait à l’honneur, autant en matière de produits (actions, titres à revenu fixe, etc.) que de géographie et de secteurs.

« Si on a 80 % d’actions dans son portefeuille, mais que c’est dans un seul secteur d’une géographie particulière, c’est un peu comme mettre tous ses œufs dans le même panier », explique Pierre-Benoît Gauthier.

Horizon plus long

Heureusement pour Karl, l’horizon de placement est plus long que celui qu’il croit avoir.

Même s’il démarre l’épargne pour sa retraite à 55 ans, il ne doit pas établir une stratégie qui durera entre 10 et 15 ans, mais plutôt entre 30 et 35 ans. Les placements de Karl doivent en effet être planifiés pour qu’il ne survive pas à son capital de retraite.

« Il parle de 15 ans ou 20 ans. Les gens, rendus à 55 ans et à l’aube de la retraite, s’imaginent que leur espérance de vie est de 80 ou de 82 ans, avance Pierre-Benoît Gauthier. En réalité, passé un certain âge, l’espérance de vie augmente beaucoup. À son âge, son espérance de vie est probablement plus proche de 95 ans. Ce qui veut dire que son horizon de placement vient de changer pas mal. Il faut que l’argent dure plus longtemps que prévu. »

Karl vient ainsi de gagner du temps. Ses économies pourront prospérer pendant une trentaine d’années, même s’il prend sa retraite dans 15 ans.

Les options de Karl

Cela dit, il n’en demeure pas moins que pour avoir un pécule de retraite minimalement intéressant, il devra compenser un peu les années perdues à ne pas mettre des sommes de côté.

Trois options s’offrent à lui, estime Sylvain De Champlain.

1. Épargner plus

Comme il a perdu la « magie » des intérêts composés pendant plusieurs années, de plus grosses sommes annuelles seront nécessaires pour se forger une retraite intéressante.

« S’il commence très tard, il devra épargner plus, beaucoup plus que s’il avait commencé plus jeune », fait-il remarquer.

2. Travailler plus longtemps

Cette décision permettra à Karl de faire deux choses. Il pourra retarder sa demande de prestations gouvernementales (RRQ, PSV), ce qui augmentera les sommes annuelles qu’il recevra. L’autre aspect positif, c’est qu’il pourra également retarder le décaissement de ses actifs liés à sa retraite.

3. Réviser son budget à la baisse

« Peut-être devra-t-il vivre beaucoup plus sobrement pour compenser le fait qu’il n’aura peut-être pas assez d’argent pour conserver le train de vie qu’il a adopté durant sa vie active », avance Sylvain De Champlain.

Viser un rendement plus élevé ?

Karl pourrait-il viser un rendement plus élevé sur ses placements pour tenter de compenser son épargne tardive ?

Oui, mais cela va dépendre de son profil d’investisseur, et donc de sa tolérance au risque.

« Tout le monde surestime sa tolérance au risque, soutient Pierre-Benoît Gauthier. Quand la Bourse monte, tout le monde a une tolérance au risque élevée. On a eu un bon test en avril dernier. Si vous vous êtes dit “Wow, je suis chanceux, j’ai une belle baisse, je peux entrer dans le marché”, vous avez une bonne tolérance. Si vous avez pensé “Ouf, c’est la fin du monde, c’est la récession”, ça montre à quel point la tolérance au risque est moindre. »

Pour Sylvain De Champlain, stratégie de placement ne veut pas dire véhicule financier.

« Quand on fait un scénario de planification de retraite, on y va avec l’âge de la retraite, la longévité, l’inflation et le rendement qu’on vise en fonction du profil déterminé. Les véhicules sont choisis en fonction du profil », dit-il.

Selon lui, lorsqu’on connaît l’objectif, il est possible de pondérer un portefeuille qui devrait, à long terme, l’atteindre.

Planification financière, fiscale et successorale De concert avec vous, nos conseillers chez De Champlain mettront en place toutes les stratégies financières nécessaires à l’élaboration de votre plan financier personnalisé.