Qu’attendre des marchés financiers au second semestre 2025 ?
Qui vivra, verra, selon Sylvain De Champlain.
Parution : 26 août 2025, Conseiller.ca, Nathalie Savaria
Photo : Powerofforever / iStock
Au premier semestre 2025, les marchés financiers ont été confrontés à une conjoncture difficile. Malgré ces vents contraires, les rendements boursiers sont demeurés positifs depuis le début de l’année. Qu’en sera-t-il pour le second semestre ?
D’après Sylvain De Champlain, président de De Champlain Groupe financier, c’est un peu qui vivra verra. « Ça change tous les jours. […] C’est une téléréalité quotidienne », lance-t-il faisant évidemment référence à la gouvernance du président Donald Trump.
La résilience des marchés
L’expert constate avec étonnement l’indifférence de plus en plus grande des marchés aux annonces du président Trump. « Avant, ses propos ébranlaient tout le monde, mais maintenant, les marchés ne réagissent plus autant. [Trump] change tellement souvent d’idées. »
Il souligne également la résilience actuelle de la part des marchés. Une particularité qu’il pense pouvoir encore observer dans la deuxième moitié de l’année.
L’effet progressif des tarifs
« Cependant, les effets des tarifs vont commencer à se faire sentir », prévient-il. Si ces effets sont encore peu observables, leur impact devrait se faire davantage sentir dans les quatre prochains mois, selon lui.
Les experts consultés par son cabinet estiment toutefois qu’une récession ne serait pas à craindre. « On penche plus vers un ralentissement économique, peut-être une stagflation et un peu plus d’inflation, surtout aux États-Unis, accompagnés d’une croissance faible », indique-t-il.
Sylvain De Champlain note que les gestionnaires d’actions mondiaux diminuent légèrement leur pondération américaine, « car c’est le marché américain qui risque d’être le plus frappé » par ces tarifs.
« Dans nos portefeuilles, poursuit-il, nos gestionnaires mondiaux européens et asiatiques ont eu de très bonnes performances au cours des derniers mois. À l’inverse, l’un des fonds qui a le moins bien performé, c’est notre fonds américain. »
Sur le marché boursier, il observe que la Bourse américaine a moins bien fait que les Bourses canadiennes, européennes et asiatiques depuis le début de l’année, alors que le dollar américain s’est déprécié.
« Notre dollar a gagné environ 5,5 % face au dollar américain depuis le début de l’année. »
Cela étant dit, il recommande à ses clients de distinguer la politique américaine des actions américaines.
« Si dans votre portefeuille vous détenez des actions Coca-Cola, Walmart, McDonald’s, Apple, etc., dîtes-vous bien que ce sont des compagnies américaines mondiales. Peu importe ce que va faire Trump, si vous êtes un buveur de Coca-Cola, vous n’arrêterez pas d’en boire demain matin. Si vous aimez aller chez McDonald’s de temps en temps, vous continuerez d’y aller. Et si vous avez un téléphone Apple, vous allez encore l’utiliser, peu importe ce que Trump va dire ou faire. »
Si la politique et les marchés boursiers sont deux choses distinctes, il reconnaît toutefois « que les tarifs vont avoir un impact par ricochet sur les marchés boursiers ».
« On a vu des récessions, une pandémie, des krachs, des guerres. Et là, on voit des tarifs. Ça fait partie de la réalité d’un investisseur. Il y a toujours des raisons qui expliquent pourquoi il y a des mouvements dans les marchés. Et cette fois-ci, la raison, c’est Trump. »
Par ailleurs, dans une capsule vidéo publiée sur YouTube dans laquelle Sylvain De Champlain rapporte ses perspectives économiques pour le deuxième semestre, il fait état de rumeurs selon lesquelles les États-Unis et la Chine sont sur le point de résoudre leurs différends relatifs aux tarifs douaniers. Un dénouement qui, selon lui, « pourrait avoir un impact positif au niveau des actions ». Il s’attend aussi à une ou deux baisses des taux d’intérêt aux États-Unis de la part de la Réserve fédérale américaine, « ce qui aura un effet positif dans les marchés boursiers ».
Communication, diversification et vision à long terme
Dans un contexte marqué par l’incertitude et les turbulences, le président de De Champlain Groupe financier recommande aux conseillers de privilégier la communication. « Il faut rassurer un peu nos clients par rapport à cette réalité-là », explique-t-il.
« On n’est pas obligé de le faire par vidéo », précise-t-il, proposant notamment d’utiliser une lettre financière, une communication ou un appel. « Je trouve pour ma part qu’avec une capsule vidéo de 2-3 minutes, on rejoint tout le monde rapidement […] », fait toutefois valoir celui qui est devenu Youtubeur durant la pandémie.
D’après lui, « une baisse importante dans les marchés dans les prochains mois, comme ça a été le cas ces derniers mois ou par le passé, c’est une occasion pour les gestionnaires de portefeuille de saisir des occasions d’acheter de bons titres au rabais ». Ainsi, si des clients n’ont pas encore cotisé à leurs REER 2025, leurs conseillers pourraient leur suggérer de le faire.
Lors de corrections, de krachs et de périodes difficiles, il suggère aussi à ses clients de réévaluer leur profil.
« Je dis souvent aux gens : vous ne vous connaissez pas comme investisseur tant que vous n’avez pas vécu une correction. Un client peut bien dire qu’il a un profil croissance, mais après une correction, il peut reconnaître que, finalement, il a plus un profil équilibré. »
Aux investisseurs, il conseille de diversifier leur portefeuille. « Être réparti géographiquement, c’est une bonne idée », résume-t-il. S’il conseille de s’exposer un peu moins au marché américain, il rappelle que la Bourse américaine représente quand même 40 % de l’économie mondiale. « On n’a pas le choix d’y rester ! Il ne faut pas quitter les États-Unis à cause des tarifs », martèle-t-il.
Enfin, selon lui, les investisseurs devraient maintenir leur vision à long terme, peu importe ce qui se passe à court terme. À titre d’exemple, il cite le 2 avril dernier, le « Jour de la Libération » aux États-Unis. À ce moment-là, les marchés boursiers ont dégringolé. En un mois et demi, deux mois, une correction de 10 à 15 % a été observée, rappelle-t-il.
« Alors, ne pas paniquer, c’est la meilleure chose à faire. […] Gardez le cap, ne stressez pas en écoutant le bulletin de nouvelles, puis ne vendez pas tout le lendemain matin. […] Si votre objectif est à long terme et que vous visez un rendement de 5 ou 6 %, votre conseiller a certainement conçu un scénario de planification de retraite à 5 % de rendement. Il y a des années où vous allez récolter 12 %, d’autres où vous allez faire -10 %, mais si vous gardez le cap à long terme, si vous êtes bien diversifié, vous devriez atteindre votre objectif de 5 % », conclut-il.