Repousser l’âge de votre retraite, c’est payant

Repousser l’âge de votre retraite, c’est payant

Depuis le 1er janvier 2024, l’âge maximal pour reporter la rente du Régime de rentes du ­Québec est passé de 70 à 72 ans avec, en prime, une bonification accrue pour les années de report.



Si on a la santé et la passion pour travailler, repousser l’âge de la retraite, et surtout la perception du Régime des rentes du Québec (RRQ) ainsi que de la pension de la Sécurité de la vieillesse du Canada (SV) devient de plus en plus payant.

Depuis le 1er janvier 2024, l’âge maximal pour reporter la rente du RRQ est passé de 70 à 72 ans avec, en prime, une bonification accrue pour les années de report.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Auparavant, les gens qui repoussaient le décaissement de leur RRQ au-delà de l’âge de 65 ans bénéficiaient d’un gain de 0,7 % par mois jusqu’à l’âge de 70 ans, pour un supposé gain maximal de 42 %. « Mais parce que ces personnes voyaient fréquemment leurs revenus annuels baisser entre leur 65e et 70e anniversaire, il était rare que l’augmentation du 42 % s’applique. En fait, leur patience à décaisser se limitait souvent à un gain de 30 % », explique Dany Provost, directeur de l’optimisation fiscale à SFL Expertise.

Or, l’arrivée des nouvelles règles fait en sorte que non seulement le pourcentage d’augmentation maximal passe de 42 % à 58,8 % (0,7 % × 84 mois), il s’agit d’un « vrai » bond de 58,8 % qui ne sera pas réduit à cause de possibles diminutions des revenus, soutient le fiscaliste qui collabore régulièrement au journal Les Affaires.

En d’autres termes, celles et ceux qui ont droit au montant maximal mensuel de 1364,60 $ à l’âge de 65 ans pourront toucher plus de 2165 $ par mois (2166,98 $ pour être exact) de la part du gouvernement du Québec s’ils attendent de retirer leur dû à l’âge de 72 ans.

Plus de 1000 $ de plus par mois

« Parce qu’il est aussi possible de repousser le premier versement de sa pension de la SV jusqu’à cinq ans après l’âge de 65 ans, ce qui se traduit par un gain de 0,6 % par mois, le contribuable peut également bonifier son dû mensuel du fédéral d’au moins 36 % s’il fait preuve de patience », renchérit Sylvain De Champlain, qui dirige la firme De Champlain Groupe financier.

Cette bonification, qui représente plus de 250 $, s’ajoute au montant de 734,95 $ actuellement versé aux retraités âgés de 65 ans.

« En additionnant les gains obtenus de la part des deux gouvernements (802 $ au provincial et 264 $ au fédéral) par mois, c’est un bonus de plus de 12 700 $ par année que le contribuable peut empocher s’il retarde sa retraite le plus longtemps possible », poursuit le planificateur.
Les versements combinés peuvent ainsi atteindre un total de près de 38 000 $ par année.

En fait, ce n’est pas sorcier, dit-il, repousser l’âge de la retraite devient une stratégie de plus en plus payante afin de limiter et de mitiger les risques de manquer de liquidités en fonction de notre longévité.

Une espérance de vie en progression…

Il faut savoir que l’espérance de vie au Québec, dont la moyenne est désormais de 83,2 ans, figure parmi les plus élevées d’Amérique du Nord.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, cette espérance a augmenté de 7,6 années en 20 ans, et ce n’est pas terminé.

D’après les tables de mortalité publiées par le Bureau du surintendant des institutions financières du Canada, la probabilité qu’un nouveau-né atteigne l’âge de 90 ans grimpe en flèche depuis 1925.

Alors que seulement 4 % des hommes franchissaient ce cap il y a 100 ans, les nouveau-nés masculins ont, au fil des ans, augmenté leurs chances d’être nonagénaires à plus de 26 %.

Les femmes, elles, sont passées de 6 % à 40 % au cours de la même période.

Ces analyses soutiennent même qu’un Canadien sur deux, âgé actuellement de 20 ans, franchira le cap des 90 ans et qu’un sur dix soufflera ses 100 bougies.

Une longévité qui fait réfléchir…

« Il n’est pas étonnant que ces statistiques fassent réfléchir l’actuelle population active », constate David Alexandre Brassard, économiste en chef des CPA du Canada.

D’ailleurs, l’âge moyen de la retraite au pays est reparti à la hausse.

« On assiste actuellement à la formation d’un modèle historique en forme de “U” », explique l’économiste.

Après avoir atteint un creux d’âge moyen à 61 ans en 1998 et 1999 — gracieuseté du concept Liberté 55 et des mises à la retraite massives de la part des gouvernements —, voilà que l’âge moyen de la retraite est repassé au-dessus de 65 ans en 2024. « Ça ne s’était pas vu depuis 1978 », constate-t-il.

Cet expert ajoute que la hausse de l’âge moyen des retraités est encore plus marquée depuis 2022, soit l’année où l’économie québécoise a commencé à ressentir les effets de l’inflation.
« Cette hausse s’observe partout au pays, autant dans le secteur public que privé et auprès des travailleurs autonomes », insiste-t-il.

Bien que les employés du réseau public se retirent en moyenne à l’âge de 63 ans, ceux du privé tendent à tirer leur révérence à l’âge de 65 ans.

Quant aux travailleurs autonomes, ils attendent l’âge vénérable de 68 ans pour le faire, note-t-il.

… et qui stimule le taux d’emploi chez les aînés

Cette réflexion se fait également ressentir sur le marché de l’emploi, soutient David-Alexandre Brassard.
Depuis 25 ans, le taux d’emploi au pays augmente considérablement chez les aînés, ce qui pourrait propulser l’âge de la retraite vers de nouveaux sommets, croit-il.

« En 1998, un peu plus de 60 % des gens âgés entre 55 et 59 ans étaient sur le marché du travail. Aujourd’hui, ils sont près de 75 %. Les 60-64 ans sont eux aussi de plus en plus présents au sein de la population active. De 38 % en 1998, ils sont maintenant 55 % », indique l’économiste.

Malgré ces bonds considérables, la population active canadienne d’âge avancé est loin d’être une championne en la matière.

« Lorsqu’on se compare à des pays dont l’espérance de vie est similaire à la nôtre, soit la Suède, l’Allemagne ou les Pays-Bas, leur taux d’emploi respectif chez les 55-64 ans dépasse les 75 %. En Islande, ce taux atteint même plus de 80 % », soutient David-Alexandre Brassard.

Selon lui, une simple augmentation de 10 points de pourcentage du taux d’emploi chez les aînés canadiens se traduirait par une hausse de plus de 500 000 travailleurs sur le marché du travail au pays chaque année, dont plus de 120 000 au Québec.

« En fait, repousser l’âge de la retraite, c’est non seulement payant pour les individus, ça l’est aussi pour la collectivité », conclut l’économiste.

Il reconnaît que le sujet est sensible.

« Pourtant, il faut se rendre à l’évidence. Le fameux “65 ans” pour l’âge de la retraite a été établi dans les années 1960 alors que l’espérance de vie se situait autour de 70 ans. Ce qui n’est plus le cas », dit-il.

De bons placements

« En fait, les retraités qui ont vraiment tout à gagner en retirant leur RRQ et leur SV le plus rapidement possible sont celles et ceux qui sont à l’aise avec les investissements boursiers », affirme David-Alexandre Brassard.

En tenant compte des rendements moyens annuels de 8 % à 10 % des principaux indices, il est possible de générer davantage de revenus (non imposables s’il s’agit d’un CELI) avec le versement des rentes, dit-il.

L’économiste estime toutefois que ce type d’investissement n’est pas la tasse de thé de la majorité des Québécois, ce qui fait que ces derniers ont tout avantage à reporter leur décaissement le plus tard possible.

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