Finances personnelles
Comment investir comme les riches? Ce qui fait vraiment la différence.
Comment les riches investissent-ils?
La question est attirante. Elle donne l’impression qu’il existe quelque part un portefeuille secret, réservé à ceux qui ont suffisamment d’argent pour y accéder.
Des actions inconnues du grand public. Des immeubles achetés avant tout le monde. Des placements privés qui produisent des rendements spectaculaires pendant que le commun des mortels se contente de son CELI.
La réalité est moins mystérieuse.
Les personnes fortunées ne possèdent pas toutes les mêmes placements. Leur principal avantage réside souvent ailleurs : elles gèrent leur argent comme un patrimoine plutôt que comme une collection de produits financiers.
Investir comme les gens fortunés ne consiste donc pas à reproduire leurs placements. Il s’agit plutôt de penser en fonction du patrimoine global, de diversifier les risques, de préserver ses liquidités et de coordonner les décisions de placement avec la fiscalité et la succession.
Ces principes ne garantissent pas la richesse. Ils ne font pas disparaître les inégalités de revenus ou les avantages liés à un héritage. Ils permettent néanmoins d’investir avec une structure plus solide.
La richesse ne reste pas longtemps en argent comptant
À la fin de 2025, les ménages appartenant aux 20 % les plus fortunés détenaient 65,7 % de la valeur nette totale des ménages canadiens. Leur valeur nette moyenne atteignait environ 3,5 millions de dollars par ménage.
Au cours de la même période, leur valeur nette a progressé plus rapidement que celle des autres groupes. Cette croissance s’expliquait notamment par une hausse de 10,8 % de leurs actifs financiers, soutenue par le rendement des marchés boursiers (Statistique Canada, 2026, Statistique Canada sur Internet).
Est-ce à dire que ces ménages sont devenus riches simplement parce qu’ils ont acheté des actions?
Non.
Leur capacité d’épargne est généralement plus élevée. Certains possèdent une entreprise. D’autres ont reçu un héritage ou ont profité de la croissance de leur propriété. Les points de départ sont loin d’être identiques.
La donnée de Statistique Canada illustre toutefois un mécanisme important : une fois accumulé, le patrimoine peut continuer à croître grâce aux actifs détenus.
Un revenu élevé permet de dégager de l’argent à investir. Ce sont ensuite les actifs qui peuvent prendre de la valeur et produire des revenus.
L’argent comptant offre de la stabilité. Il répond aux besoins immédiats. Mais à long terme, il ne joue pas le même rôle qu’un portefeuille diversifié, une entreprise rentable ou un actif immobilier bien choisi.
Les gens fortunés ne cherchent donc pas seulement à gagner davantage. Ils cherchent à posséder davantage d’actifs productifs.
Ils pensent en patrimoine, pas en produit
Lorsqu’une personne commence à investir, elle demande souvent : quel placement devrais-je acheter?
Une personne qui gère un patrimoine important pose généralement une autre question : quelle place ce placement devrait-il occuper dans l’ensemble de mes actifs?
La nuance change toute la décision.
Le rapport mondial 2026 d’UBS sur les family offices montre que les grandes fortunes cherchent à diversifier leurs portefeuilles entre plusieurs catégories d’actifs, monnaies et régions. Elles accordent aussi une importance croissante à la résilience devant les risques économiques et géopolitiques (UBS, 2026, UBS sur Internet).
Il faut évidemment replacer ces résultats dans leur contexte.
UBS a interrogé 307 family offices provenant de plus de 30 marchés. La fortune nette moyenne des familles participantes s’élevait à 2,7 milliards de dollars américains. Nous ne parlons pas ici de simples millionnaires, mais de familles dont les besoins ressemblent parfois davantage à ceux d’une institution.
Leurs placements ne peuvent pas être copiés tels quels.
Leur manière de réfléchir peut toutefois nous apprendre quelque chose.
Prenons un entrepreneur québécois. Une grande partie de son patrimoine est peut-être déjà liée à son entreprise et à l’économie locale. S’il possède aussi une résidence au Québec, puis concentre son portefeuille boursier dans des sociétés canadiennes, son patrimoine peut être beaucoup moins diversifié qu’il ne le croit.
Son compte de placement, pris isolément, peut sembler équilibré. Son patrimoine global raconte une autre histoire.
Voilà pourquoi les investisseurs fortunés ne regardent pas uniquement le rendement d’un fonds. Ils cherchent à comprendre comment chaque actif contribue au plan et comment les risques se combinent.
Ils ne confondent pas ajustement et panique
Les investisseurs fortunés ne laissent pas nécessairement leur portefeuille intact pendant 30 ans.
Selon UBS, 60 % des family offices interrogés prévoyaient modifier leur allocation stratégique au cours des 12 mois suivants. Le rapport décrit toutefois des ajustements mesurés, destinés notamment à réduire la concentration et à améliorer la diversification, plutôt que des changements brusques dictés par les manchettes (UBS, 2026, UBS sur Internet).
C’est une distinction importante.
Une stratégie n’est pas une prison. Elle doit évoluer lorsque la situation financière, les objectifs ou les besoins de l’investisseur changent.
Elle ne devrait pas être renversée chaque fois qu’une nouvelle inquiétante apparaît sur un écran.
« Est-ce qu’on aura un jour une correction dans les marchés? La réponse est oui. Quand? On ne le sait pas. », rappelle Annie Laliberté, CFA, chez De Champlain Groupe financier.
Cette réponse peut sembler insatisfaisante. Elle est pourtant plus honnête que toutes les prévisions qui annoncent avec assurance le prochain sommet ou la prochaine débâcle.
Une correction viendra. Puis une autre.
Le problème n’est pas de savoir si les marchés connaîtront un recul. Le problème est de bâtir une stratégie qui exige de connaître sa date exacte.
Les gens fortunés n’ont pas accès à une meilleure boule de cristal. Ils peuvent toutefois disposer d’une politique de placement claire, de balises de rééquilibrage et de spécialistes capables de replacer les fluctuations dans un horizon plus long.
La discipline ne signifie pas qu’on ne fait rien.
Elle signifie qu’on sait pourquoi on agit.
Ils protègent leur capacité de rester investis
Il est facile de se dire investisseur à long terme lorsque les marchés progressent.
Le véritable test arrive lorsqu’un revenu diminue, qu’une dépense imprévue survient ou que le portefeuille recule au mauvais moment.
Une personne qui doit vendre des placements pour payer ses obligations perd sa capacité d’attendre une reprise. Elle peut avoir choisi d’excellents actifs et obtenir malgré tout un mauvais résultat simplement parce qu’elle a été forcée de vendre.
C’est pourquoi la liquidité ne doit pas être considérée comme de l’argent qui dort inutilement.
Elle protège le reste du patrimoine.
L’Agence de la consommation en matière financière du Canada recommande d’associer les décisions d’épargne et de placement à des objectifs précis, à un montant et à un horizon. Pour un besoin à court terme, elle privilégie des solutions protégées et facilement accessibles. Un objectif éloigné permet généralement d’envisager une gamme de placements plus vaste et d’accepter davantage de fluctuations (Canada, Agence de la consommation en matière financière du Canada, 2025, Canada.ca sur Internet).
L’argent destiné à une mise de fonds l’an prochain ne devrait donc pas être investi comme l’argent prévu pour la retraite dans 20 ans.
Cela paraît évident.
Pourtant, plusieurs investisseurs placent leurs économies sans avoir déterminé le rôle de chaque somme. Ils découvrent leur horizon de placement au moment où ils ont besoin de retirer l’argent.
Les grandes fortunes peuvent maintenir des réserves importantes ou utiliser différentes sources de financement. Cette marge de manœuvre leur permet parfois d’éviter de vendre un actif au mauvais moment.
Le principe reste applicable avec un patrimoine plus modeste : avant de chercher le meilleur rendement, il faut protéger sa capacité de rester investi.
Ils ne gèrent pas seulement un rendement
Un investisseur peut obtenir un excellent rendement et prendre malgré tout une mauvaise décision financière.
Un gain important dans un compte non enregistré peut entraîner une facture fiscale inattendue. Un portefeuille mal coordonné avec les revenus de retraite peut accélérer les retraits imposables. Un actif difficile à partager peut compliquer le règlement d’une succession.
Le rendement ne représente qu’une partie du résultat.
Chez les personnes très fortunées, cette vision globale devient particulièrement visible. Une étude américaine de Bank of America publiée en 2026 indique que 79 % des répondants ultrafortunés faisaient participer leurs conseillers aux discussions de planification successorale avec leurs héritiers.
Dans cette étude, le terme ultrafortuné désignait les personnes possédant au moins 25 millions de dollars américains en actifs investissables. L’ensemble du sondage regroupait plus de 1 400 répondants détenant au moins 3 millions de dollars américains en actifs investissables (Bank of America Private Bank, 2026, Bank of America Private Bank sur Internet).
Le contexte est américain et les montants sont considérables. Le principe demeure néanmoins pertinent au Canada.
Plus le patrimoine devient complexe, moins il est logique de gérer séparément les placements, l’impôt, les assurances et la succession.
Votre CELI remplit-il la même fonction que votre REER? Vos placements non enregistrés sont-ils détenus de façon fiscalement efficace? La répartition de vos actifs correspond-elle à la manière dont vous prévoyez les utiliser?
Ces questions sont moins excitantes que le choix de la prochaine action vedette.
Elles ont souvent beaucoup plus d’impact.
Ils paient pour mieux coordonner leurs décisions
Les gens fortunés travaillent fréquemment avec des gestionnaires de portefeuille, des fiscalistes et d’autres spécialistes.
Ce n’est pas uniquement pour accéder à des placements privés.
Ils cherchent aussi à coordonner des décisions qui deviennent plus complexes à mesure que leur patrimoine augmente.
Une étude de Vanguard publiée en janvier 2026 distingue plusieurs formes de valeur pouvant être apportées par le conseil financier : la planification, la construction du portefeuille, le soutien émotionnel et le temps économisé.
Dans un sondage mené en juillet 2025 auprès de plus de 13 000 investisseurs de Vanguard, la tranquillité d’esprit arrivait au premier rang des raisons évoquées pour obtenir des conseils financiers. Parmi les clients conseillés, 86 % disaient se sentir plus à l’aise et 76 % affirmaient consacrer moins de temps à s’inquiéter de leurs finances (Vanguard, 2026, Vanguard Canada sur Internet).
Cette étude provient d’une société de gestion qui offre des produits et des services financiers. Elle ne prouve pas qu’un conseiller améliore automatiquement le rendement de tous ses clients.
Elle met toutefois en lumière une fonction souvent négligée de l’accompagnement : améliorer la qualité des décisions.
Un bon professionnel ne devrait pas uniquement proposer un produit. Il devrait aider à établir les priorités, détecter les risques de concentration et replacer les mouvements du marché dans le plan financier.
Son rôle devient particulièrement important lorsque l’investisseur est tenté d’abandonner sa stratégie au pire moment.
Alors, comment investir comme les riches?
Commencez par oublier leurs placements.
Demandez-vous plutôt ce que chaque dollar doit accomplir. Regardez où votre patrimoine est réellement concentré. Vérifiez si vos liquidités sont suffisantes pour traverser une période difficile. Assurez-vous enfin que vos décisions de placement sont coordonnées avec votre fiscalité et vos projets à long terme.
Ces questions ne produiront probablement pas une conversation spectaculaire lors de votre prochain souper.
Elles peuvent produire un meilleur investisseur.
« Pour un portefeuille bien diversifié, il faut garder le cap », résume Sylvain De Champlain, Président, et planificateur financier, chez De Champlain Groupe financier
Voilà peut-être la leçon la plus utile à emprunter aux gens fortunés.
Ils ne préservent pas leur patrimoine en prenant continuellement des décisions extraordinaires. Ils le font souvent en évitant les erreurs coûteuses, en pensant sur plusieurs années et en conservant une structure capable de résister aux périodes plus difficiles.
Investir comme les riches ne consiste donc pas à découvrir leur placement secret.
Cela consiste à commencer à gérer son argent comme un patrimoine, bien avant de se considérer riche.
Ce texte présente de l’information générale et ne constitue pas une recommandation personnalisée. Une stratégie de placement doit tenir compte de votre situation financière, de vos objectifs, de votre horizon et de votre tolérance au risque.
Références
Bank of America Private Bank (2026, 17 juin). « 2026 Wealth Study: Inside the Great Wealth Transfer », sur le site Bank of America Private Bank. Consulté le 31 juill. 2026.
https://www.privatebank.bankofamerica.com/articles/study-of-wealthy-americans.html
Canada, Agence de la consommation en matière financière du Canada (2025, 15 déc.). « Objectifs d’épargne et d’investissement », sur le site Canada.ca. Consulté le 31 juill. 2026.
https://www.canada.ca/fr/agence-consommation-matiere-financiere/services/epargnes-investissements/objectifs-epargne-investissement.html
De Champlain, Sylvain (2026, juill.). « Survol économique pour la deuxième demie de 2026 » [capsule vidéo, transcription non publiée].
Statistique Canada (2026, 13 avr.). « Comptes économiques du secteur des ménages canadiens répartis selon le revenu, la consommation, l’épargne et le patrimoine, quatrième trimestre de 2025 », sur le site Statistique Canada. Consulté le 31 juill. 2026.
https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/260413/dq260413a-fra.htm
UBS (2026, 28 mai). « UBS Global Family Office Report 2026 : les family offices misent sur la résilience alors que les risques géopolitiques et les incertitudes structurelles redéfinissent les portefeuilles mondiaux », sur le site UBS. Consulté le 31 juill. 2026.
https://www.ubs.com/global/fr/media/display-page-ndp/fr-20260528-global-family-office-report-2026.html
Vanguard (2026, 14 janv.). « Quatre façons dont les conseils financiers procurent une véritable valeur », sur le site Vanguard Canada. Consulté le 31 juill. 2026.
https://www.vanguard.ca/fr/insights/four-ways-financial-advice-delivers-true-value